Hailé Sélassié, empereur d'Éthiopie et figure messianique du mouvement rastafari

Catégories : Culture cannabis général
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Pour saisir qui était Hailé Sélassié, il faut imaginer un homme couronné « Roi des rois » à Addis-Abeba en 1930 et, le même mois, divinisé par des prédicateurs jamaïcains qui ne le rencontreront jamais. L'empereur éthiopien Hailé Sélassié Ier reste l'une des figures historiques les plus contradictoires du XXe siècle : monarque chrétien orthodoxe, défenseur de l'indépendance africaine devant la Société des Nations, et messie involontaire d'une foi caribéenne qui fera plus tard du ganja un sacrement. Notre collection de graines de collection compte de nombreuses variétés héritées de cette culture rasta, raison pour laquelle ce parcours mérite d'être raconté en détail.

En résumé : Hailé Sélassié, né Ras Tafari Makonnen en 1892, règne sur l'Éthiopie de 1930 à 1974. Son couronnement coïncide avec la naissance du mouvement rastafari en Jamaïque, qui voit en lui le Messie noir annoncé par Marcus Garvey. Renversé par le Derg en 1974, il meurt en 1975 dans des circonstances troubles. Son héritage politique africaniste et son aura spirituelle continuent d'influencer la culture reggae, la diaspora africaine et le rapport au cannabis dans le monde rastafari.

Qui était Hailé Sélassié, l'empereur d'Éthiopie ?

Hailé Sélassié naît le 23 juillet 1892 à Ejersa Goro, dans la province éthiopienne du Harar. Son nom de naissance est Tafari Makonnen, fils du ras Makonnen, gouverneur du Harar et cousin de l'empereur Ménélik II. Le titre de ras, équivalent éthiopien du duc, lui sera attribué à 13 ans. C'est donc sous le nom de Ras Tafari Makonnen qu'il entrera dans l'histoire bien avant son couronnement impérial, et c'est ce nom qui donnera plus tard naissance au mot « rastafari ».

Régent du royaume à partir de 1916, il modernise le pays avec prudence : abolition progressive de l'esclavage, adhésion à la Société des Nations en 1923, premières routes, premier hôpital moderne, premières écoles laïques. Couronné empereur le 2 novembre 1930 dans la cathédrale Saint-Georges d'Addis-Abeba, il prend un nom de règne qui signifie « Puissance de la Trinité » en guèze, la langue liturgique éthiopienne.

Sa titulature officielle est l'une des plus longues de l'histoire monarchique : « Sa Majesté Impériale Hailé Sélassié Ier, Roi des rois, Seigneur des seigneurs, Lion conquérant de la tribu de Juda, Élu de Dieu ». Cette accumulation n'est pas un simple ornement : elle revendique une filiation directe avec la dynastie salomonide, et donc avec le roi Salomon et la reine de Saba selon la tradition éthiopienne. Cette filiation explique pourquoi un mouvement religieux jamaïcain pourra le considérer comme l'accomplissement de prophéties bibliques.

Couronne impériale d'Éthiopie et drapeau aux couleurs rastafari, symboles du couronnement de Hailé Sélassié Ier en 1930

Pourquoi les rastafariens voient-ils en Hailé Sélassié leur messie ?

En 1927, à Kingston, le militant panafricaniste Marcus Garvey aurait prononcé une phrase devenue prophétique : « Regardez vers l'Afrique, où un roi noir sera couronné, car le jour de la délivrance est proche. » Trois ans plus tard, à des milliers de kilomètres de la Jamaïque, l'empereur d'Éthiopie est effectivement couronné Roi des rois. Pour plusieurs prédicateurs caribéens, dont Leonard Howell, ce concours de dates n'est pas une coïncidence : c'est le signe attendu.

Les premiers rastafariens lisent le Livre de l'Apocalypse à la lumière de cet événement. Le « Lion conquérant de la tribu de Juda » mentionné dans le chapitre 5 devient pour eux une description littérale du nouvel empereur. Sans avoir prêché un seul sermon ni revendiqué la moindre divinité, celui-ci devient « Jah » à leurs yeux : Dieu incarné, descendant direct de la lignée davidique, libérateur annoncé du peuple noir en exil.

Trois piliers structurent cette foi naissante :

  • La croyance messianique en Hailé Sélassié comme retour du Christ, qui reviendrait racheter les descendants des esclaves africains.
  • Le rejet de « Babylone », terme qui désigne dans le langage rasta l'oppression coloniale, le matérialisme occidental et l'industrie esclavagiste.
  • La promesse de rapatriement vers l'Éthiopie, terre promise africaine, symbolisée par l'octroi d'une concession de terres impériales à Shashamane pour les rastas en 1948.

Le 21 avril 1966, lors de la seule visite impériale en Jamaïque, environ 100 000 personnes accueillent l'empereur à l'aéroport de Kingston. Surpris par cette ferveur, il n'a jamais publiquement revendiqué la divinité que ses fidèles lui prêtaient. Selon plusieurs récits, il aurait au contraire encouragé les rastafariens à se libérer d'abord politiquement avant de songer à un retour en Éthiopie. Cette nuance est essentielle pour comprendre la suite : le souverain est resté toute sa vie un chrétien éthiopien orthodoxe convaincu, jamais un dieu auto-proclamé.

Quel rôle joue le ganja dans la spiritualité rastafari ?

Le cannabis, appelé ganja en Jamaïque, occupe une place sacramentelle centrale dans la foi rastafari. Les rastas s'appuient sur plusieurs passages bibliques pour justifier son usage rituel, notamment la Genèse 1:29 (« Je vous donne toute herbe portant semence »), le Psaume 104:14 (« Il fait pousser les herbes pour le service de l'homme ») et l'Apocalypse 22:2 (« Les feuilles de l'arbre serviront à la guérison des nations »). L'herbe n'est jamais consommée comme drogue récréative : elle est fumée en cercle de méditation, dans un calumet appelé chalice, accompagnée de prières et de lectures bibliques.

Cette dimension spirituelle a profondément influencé la perception culturelle du cannabis dans le monde, bien au-delà de la Jamaïque. Les variétés à profil CBD à dimension thérapeutique que recherchent certains collectionneurs aujourd'hui héritent indirectement de cette tradition qui associait le cannabis à la santé du corps et de l'esprit. Côté grand public, ce sont les fleurs CBD qui prolongent aujourd'hui l'idée d'un cannabis légal, posé, à dimension contemplative.

Il faut souligner que l'empereur lui-même ne fumait pas et n'a jamais avalisé l'usage du ganja. L'Éthiopie de son règne classait d'ailleurs le cannabis parmi les substances réglementées. Ce paradoxe est constitutif du rastafarisme : un mouvement spirituel qui adore un monarque qui n'a jamais validé ses pratiques. La vénération rasta repose sur une lecture symbolique et autonome, pas sur un dialogue théologique avec l'intéressé.

Ambiance jamaïcaine vintage avec vinyles reggae et iconographie Lion de Juda, culture rastafari et héritage musical lié à Hailé Sélassié

Quel lien unit Bob Marley à Hailé Sélassié ?

Bob Marley, né Robert Nesta Marley en 1945 à Nine Mile, est le visage mondial du rastafarisme et le diffuseur planétaire du culte de Hailé Sélassié. Converti officiellement au rastafarisme au début des années 1970, il prend le nom rasta de Berhane Selassie, qui signifie « Lumière de la Trinité » en guèze, à l'image du nom impérial. Sa femme Rita Marley raconte avoir vu une stigmate dans la paume du roi des rois lors de la visite jamaïcaine de 1966, un récit qui consolide la foi du jeune Bob.

Plusieurs chansons du répertoire de Marley sont des hymnes directs à Hailé Sélassié et structurent toute une partie de son répertoire roots reggae :

  • War, sorti en 1976, reprend mot pour mot un discours prononcé par l'empereur à la tribune de l'ONU en 1963 sur la nécessité d'éradiquer la suprématie raciale.
  • Jah Live, écrit en réaction à l'annonce de la mort de Sélassié en 1975, affirme que le messie ne peut pas mourir et qu'il vit éternellement.
  • Iron Lion Zion évoque le Lion conquérant de la tribu de Juda, titre impérial salomonide.
  • Rastaman Vibration et Forever Loving Jah traduisent la dimension dévotionnelle du mouvement et la prière quotidienne adressée à Jah Rastafari.

Cette synthèse entre culture noire jamaïcaine, théologie biblique et mémoire africaine s'est exportée à partir des années 1970 grâce au reggae. Le mouvement a inspiré toute une famille de génétiques sativa féminisées historiques portant des noms en référence à la Jamaïque ou à la culture rasta : Marley's Collie, King's Bread, Lambs Bread, Jamaican Pearl. Ces appellations témoignent du croisement durable entre patrimoine génétique cannabique et mémoire spirituelle rasta.

Comment Hailé Sélassié a-t-il marqué l'histoire de l'Afrique et du monde ?

L'héritage politique impérial dépasse largement la dimension religieuse rasta. L'empereur est l'un des architectes du panafricanisme institutionnel moderne. En 1963, il préside à Addis-Abeba la conférence fondatrice de l'Organisation de l'Unité africaine (OUA), ancêtre de l'actuelle Union africaine, dont le siège reste dans la capitale éthiopienne. Son discours d'ouverture, devenu célèbre, plaide pour une Afrique unie capable de parler d'une seule voix sur la scène internationale.

Auparavant, en 1936, son discours devant la Société des Nations à Genève reste l'un des moments diplomatiques les plus marquants du XXe siècle. Alors que l'Italie fasciste de Mussolini envahit l'Éthiopie avec usage massif du gaz moutarde, le souverain en exil lance son célèbre avertissement : « Aujourd'hui c'est nous, demain ce sera vous. » Ignoré par les puissances européennes, il préfigure trois ans avant la Seconde Guerre mondiale les conséquences du désarmement moral des démocraties. L'Éthiopie devient alors symbole mondial de la résistance africaine à la colonisation.

Sur le plan intérieur, l'empereur contribue aussi à la modernisation de son pays, même si les bilans restent contrastés. Il promulgue une Constitution en 1931, révisée en 1955, qui établit un système parlementaire bicaméral. Il abolit officiellement l'esclavage en 1942. Il fonde la première université éthiopienne en 1950 et envoie des centaines de jeunes étudier à l'étranger. Du côté botanique et agricole, son règne voit l'expansion des cultures de café arabica originaire des hauts plateaux éthiopiens, héritage agricole qui marque aujourd'hui encore l'identité nationale. Cette continuité avec la tradition des graines régulières et la préservation des landraces africaines reste un point d'intérêt pour les collectionneurs de génétiques originelles.

Hauts plateaux éthiopiens au soleil couchant, paysage historique de la fin du règne de Hailé Sélassié et de la dynastie salomonide

Qui a renversé Hailé Sélassié et comment est-il mort ?

La fin du règne s'écrit sur fond de crise sociale et de famine. Entre 1972 et 1974, la sécheresse frappe le nord de l'Éthiopie, en particulier la province du Wollo, et provoque une famine qui fait plusieurs centaines de milliers de victimes. Le gouvernement minimise d'abord la catastrophe, jusqu'à ce qu'un documentaire de la BBC, « The Unknown Famine », diffusé en octobre 1973, choque l'opinion internationale et provoque un retournement de l'opinion publique éthiopienne contre l'empereur.

En février 1974, des mutineries éclatent dans l'armée. Un comité militaire baptisé le Derg, présidé par le colonel Mengistu Haile Mariam, prend progressivement le contrôle du pouvoir. Le 12 septembre 1974, l'empereur est officiellement déposé. Il est conduit hors du palais impérial dans une simple Volkswagen Coccinelle, image symbolique de la chute d'une dynastie millénaire. Le 27 août 1975, le Derg annonce sa mort à 83 ans, attribuée officiellement à des complications respiratoires.

Cette version officielle a toujours été contestée. Plusieurs enquêtes postérieures, notamment celle menée après la chute du Derg en 1991, suggèrent que Hailé Sélassié aurait été étouffé dans son sommeil sur ordre de Mengistu. En 1992, ses restes sont exhumés sous les latrines du palais impérial, où ils avaient été dissimulés. Il faudra attendre l'an 2000 pour qu'il reçoive enfin des funérailles d'État dignes de son rang, à la cathédrale de la Sainte-Trinité d'Addis-Abeba. Pour les rastafariens, qui croient en l'immortalité de Jah, cette mort n'a jamais eu lieu : Hailé Sélassié vit éternellement, comme l'affirme la chanson de Bob Marley.

Tableau récapitulatif du parcours de Hailé Sélassié

Les grandes étapes du parcours de l'empereur peuvent se lire d'un coup d'œil dans ce récapitulatif chronologique, utile pour situer les événements clés du règne et de l'aura messianique qui en a découlé.

AnnéeÉvénementPortée
1892Naissance à Ejersa Goro, sous le nom Tafari MakonnenLignée salomonide revendiquée
1916Devient régent du royaume d'ÉthiopieModernisation du pays
1930Couronnement comme Roi des rois sous le nom Hailé Sélassié IerNaissance simultanée du rastafarisme en Jamaïque
1936Discours à la SDN après l'invasion italienneSymbole de la résistance anticoloniale
1948Concession de terres à Shashamane pour les rastasPremier geste officiel envers le mouvement
1963Fondation de l'Organisation de l'Unité africaine à Addis-AbebaActe fondateur du panafricanisme moderne
1966Visite officielle en Jamaïque, 100 000 personnes à l'accueilRenforce le culte rastafari international
1974Déposition par le comité militaire DergFin de la dynastie salomonide
1975Mort dans des circonstances controverséesPour les rastas, Jah ne meurt jamais

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Questions fréquentes sur Hailé Sélassié

Qui est Hailé Sélassié pour les rastas ?

Pour les rastafariens, Hailé Sélassié est Jah, Dieu incarné dans la chair d'un homme noir, descendant direct du roi Salomon et de la reine de Saba. Son couronnement en 1930 est interprété comme l'accomplissement des prophéties bibliques annoncées par Marcus Garvey et le Livre de l'Apocalypse.

Quel est le lien entre Bob Marley et Hailé Sélassié ?

Bob Marley est le plus célèbre fidèle du culte rastafari. Il a pris le nom rasta de Berhane Selassie en référence à l'empereur, a écrit plusieurs chansons en son honneur dont War, Jah Live et Iron Lion Zion, et a contribué à diffuser sa figure messianique dans le monde entier grâce au reggae.

Qui a renversé Hailé Sélassié ?

Hailé Sélassié a été renversé en septembre 1974 par le Derg, un comité militaire dirigé par le colonel Mengistu Haile Mariam, sur fond de famine catastrophique dans la province du Wollo et de contestation sociale grandissante. Il meurt l'année suivante dans des circonstances officiellement attribuées à des complications respiratoires, mais largement considérées comme un assassinat.

Quelle est l'histoire de Hailé Sélassié avant son couronnement ?

Avant son couronnement de 1930, il s'appelait Ras Tafari Makonnen, fils du gouverneur du Harar et cousin de l'empereur Ménélik II. Régent du royaume à partir de 1916, il a modernisé l'Éthiopie en abolissant progressivement l'esclavage et en faisant adhérer le pays à la Société des Nations en 1923.

Pourquoi Hailé Sélassié n'a-t-il jamais confirmé sa divinité ?

Hailé Sélassié est resté toute sa vie un chrétien éthiopien orthodoxe pratiquant. Il considérait son rôle comme celui d'un monarque temporel et d'un défenseur de l'Église éthiopienne, pas comme une figure divine. Lors de sa visite en Jamaïque en 1966, il aurait même encouragé les rastafariens à se libérer politiquement avant tout retour en Afrique.

Que symbolisent les couleurs du drapeau rasta liées à Hailé Sélassié ?

Le drapeau rasta rouge, jaune et vert reprend les couleurs du drapeau impérial éthiopien sous Hailé Sélassié, avec parfois un lion central rappelant le Lion conquérant de la tribu de Juda. Le rouge évoque le sang des martyrs africains, le jaune l'or et la richesse spirituelle, le vert la terre promise éthiopienne.

Selassie croyait-il en Jésus ?

Oui, Hailé Sélassié était un chrétien orthodoxe convaincu, profondément attaché à l'Église éthiopienne tewahedo, l'une des plus anciennes chrétientés du monde. Il considérait sa lignée salomonide comme un héritage sacré transmettant la foi chrétienne d'Éthiopie, mais ne s'est jamais lui-même présenté comme une figure christique.

Hailé Sélassié, un empereur transfiguré par l'histoire

Le destin de Hailé Sélassié dépasse largement la biographie d'un monarque africain du XXe siècle. Roi des rois éthiopien, défenseur courageux de son pays face au fascisme italien, pilier du panafricanisme institutionnel, il est devenu malgré lui le visage divin d'une foi caribéenne qui a réinventé le rapport occidental au cannabis. Cette double trajectoire, terrestre et messianique, continue d'alimenter la culture reggae mondiale, la mémoire de la diaspora africaine et l'imaginaire d'une partie du monde rasta. Pour qui souhaite explorer le patrimoine génétique des variétés qui ont accompagné cette aventure culturelle, la collection complète de graines de La Boutique 420 constitue un point de départ documenté et fidèle à l'héritage botanique de cette histoire.

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